Françoise Pinzon-Gil, l’Après Solidaire

‘Le 1er avril 2009, j’ai donc changé de vie. Au-delà des raisons professionnelles non négligeables, deux éléments m’y ont conduit : je souhaitais consacrer du temps (plus qu’entre deux missions) à mes deux petite filles Tania et Naomie, et ce choix allait de pair avec la rencontre de mon nouveau compagnon, Jacques, totalement à l’encontre de mon éducation et de mon mode de vie. Il a introduit de la simplicité, de l’authenticité, de la dérision. Il ne cessait de se moquer de moi… Lui-même en licenciement économique, nous avons décidé ensemble d’entamer une nouvelle vie. Deux préalables incontournables de part et d’autre :

- Il proposait le Pays basque comme terre d’élection

- J’imposais qu’il reprenne son travail de tapissier traditionnel pour y vivre

Et tout s’est enchaîné avec une installation à Saint Jean de Luz. Le Pays basque est une région que j’aime profondément (mes racines bretonnes y contribuent). La rencontre entre une nature magnifique, des éléments naturels (mer, terre, montagne) et humains, violents et chaleureux, constitue une alchimie rare.

Après l’installation de la maison (toujours en cours), chacun a vaqué à ses occupations. Jacques a ouvert un atelier de tapisserie traditionnelle et j’ai entamé un record personnel de marche rapide, 3.000 km en un an, dans un écrin magnifique. Le sport ne nourrit pas son homme, et j’ai souhaité m’investir dans une cause.

Dans le cadre du Programme de l’UNESCO j’avais eu vent par l’intermédiaire d’un Artiste pour la paix pour qui j’ai infiniment d’amitié, Chiko Bouchikhi (des Gipsy Kings), d’une association de cardialogues à Arles (Santé France Laos). Ces médecins se rendaient régulièrement au Laos bénévolement pour identifier des enfants défavorisés souffrant de malformations cardiaques, qui pourraient être opérés ensuite par le Professeur Francine Leca, fondateur de Mécénat Chirurgie Cardiaque. Émue par l’engagement de l’équipe de cardialogues de SFL, l’UNESCO a accordé un soutien financier afin d’acquérir un détecteur cardiaque portable pour faciliter leur travail sur place. Le hasard (encore !) fait qu’une mission est organisée à Vientiane par SFL afin que je rencontre le Prof. Leca. Je dois confesser que cette mission ne m’enthousiasmait pas. Je connaissais les cardialogues bénévoles, mais rencontrer le « mandarin » (grande mandarine, comme je l’appelais) qui chapeautait l’opération m’ennuyait. De son côté (après vérification avec l’intéressée), rencontrer une haute fonctionnaire de l’UNESCO, froide et coincée, lui pesait tout autant.

Et la rencontre a été, une fois encore, un choc. En l’espace de trois secondes, j’admirais cette femme forte, indépendante, aimée de tous les cardialogues, drôle, impertinente. En sa compagnie, j’ai pu assister à la rencontre plus qu’émouvante entre les enfants opérés par Francine à Paris et les parents qui avaient confié leur enfant à MCC. Voir, découvrir le sourire ébloui d’enfants sauvés par cette opération devant Francine, la première rencontre émue avec les parents qui découvraient incrédules le « sauveur » de leur enfant a été un vrai moment d’émotion.

MCC a été créé en 1996 afin de permettre aux enfants défavorisés atteints de malformations du cœur d’être opérés en France lorsque cela est impossible dans leur pays. Pour cela, ils sont reçus par des familles d’accueil bénévoles pendant 6 à 8 semaines, puis repartent chez eux, guéris. A ce jour, ce sont 1.800 enfants qui ont été opérés ! Grâce à une chaîne de cardiologues, de familles d’accueil, d’Aviation Sans Frontières … et des mécènes.

Après cette rencontre choc au Laos, nous avons poursuivi notre ‘partenariat’ et, pour collecter des fonds pour MCC, le Programme a mis à la disposition de MCC le grand auditorium de l’UNESCO pour une représentation de « Cyrano de Bergerac » par la troupe des Par’cœurs (de MCC). Cette opération, relativement modeste, a permis de faire opérer un enfant (montant : 10.000€).

Si je mentionne les liens avec MCC, c’est parce que j’avais souhaité monter un projet de collecte de fonds à Saint Jean de Luz, autour du golf. Projet qui avait pour objectif, sur le modèle du célèbre tournoi de golf tenu chaque année à Saint Nom la Bretèche par MCC en avril,  d’organiser un tournoi suivi d’un dîner de gala. Pour diverses raisons, ce projet n’a malheureusement pas abouti. Il reste toutefois en suspens…

Toutefois, hasard (encore ????) j’ai été conviée au Golf en novembre 2010 à une cérémonie de remise de dons à l’issue d’un tournoi … dons remis à la responsable des Restos du Cœur, Géraldine, pour l’acquisition d’un nouveau camion. J’ai été émue par la fragilité de Géraldine, fragilité vite démentie par sa volonté et sa pugnacité. Elle nous a proposé de rejoindre l’équipe de bénévoles des Restos, ce que nous avons fait avec mon compagnon dès novembre 2010. Le dynamisme de l’équipe de bénévoles, leur accueil et leur chaleur nous ont convaincus. De même que l’écoute et le respect envers les bénéficiaires. Saint Jean est une ville prospère, mais la précarité existe, elle empire. C’était une expérience nouvelle. Autant il me semblait simple d’être confrontée à une extrême pauvreté à l’autre bout du monde, et essayer d’y apporter des bribes de solution, autant il était difficile d’accepter que dans un pays aussi « avancé » que la France, les richesses étaient aussi mal distribuées et que cette inégalité laissait sur le bord du chemin de vieilles dames retraitées très dignes, incapables de vivre avec une retraite de 700€, des familles entières qui malgré leurs efforts ne connaissaient que les boulots à mi-temps ou précaires, de jeunes étudiants qui, une fois leurs frais de scolarité et leur co-location payés, ne pouvaient se nourrir.

Géraldine est malheureusement tombée malade en décembre 2010, et la campagne d’hiver (début décembre-fin mars) ainsi que l’inter-campagne d’été (mi-mai – fin septembre) ont été dirigés par un excellent co-responsable, Bruno. Chaque Centre fonctionne avec un responsable et un co-responsable, l’un plus chargé des relations humaines, l’autre de la gestion des stocks. La gestion d’un Centre est une lourde responsabilité, et une lourde charge : quatre matinées par semaine (deux jours, le Lundi et le Jeudi pour la ramasse et la mise en place des denrées avec les enseignes partenaires – deux jours, le Mardi et le Vendredi pour la distribution aux bénéficiaires). Le Centre de Saint Jean compte aujourd’hui une équipe de bénévoles de 53 personnes et 103 familles bénéficiaires (soit 150 « parts » servies deux fois par semaine, pour trois repas, soit 7.100 repas servis depuis le début de la campagne, le 28 novembre !).

Il a donc fallu désigner cet été un nouveau co-responsable pour succéder à Géraldine et, après quelques jours d’hésitation, je n’ai pu résister à la tentation. Les diverses réunions de formation au niveau départemental m’ont confortée dans l’image positive des Restos. Un pur bénévolat, une immense énergie déployée pour lutter contre l’injustice et aider (temporairement, nous l’espérons toujours) des familles dans une mauvaise passe.

Voilà, aujourd’hui cet engagement me ravit, j’essaie d’accorder autant d’importance au bien-être et au dynamisme des bénévoles qu’à l’accueil des bénéficiaires et faire en sorte que ces rencontres quasi quotidiennes soient une source de joie et d’échanges.

Une conviction acquise : la seule manière d’avancer, de se connaître et éventuellement de s’accomplir au risque de nombre d’erreurs, sont à mes yeux les deux moteurs suivants :

-          la curiosité de l’autre (sa manière de vivre, sa manière de penser), le culot et l’impétuosité,

-          la conscience que l’on ne peut être qu’un vecteur, un intermédiaire entre les possédants et les exclus.

Cet exercice d’écriture était plus difficile que prévu. J’adore raconter des histoires, au risque parfois de broder pour l’amour des mots, mais mettre cette vie en mots, me mettre à nu face à des décisions jamais erratiques mais surprenantes, m’a beaucoup coûté. Tout en étant certaine de mes choix (quelle prétention), je me pose toujours des questions sur la rationalité, la cohérence, la compréhension par mes plus proches et moi-même de choix parfois, souvent, impétueux et rapides. Le passage obligé par une remarquable thérapeute m’a fait accepter que d’anciennes blessures pouvaient déboucher sur une relation différente aux autres… même si ces blessures pèsent encore dans ma vie personnelle.’

Merci infiniment chère Françoise de ce partage précieux des grandes étapes de votre vie. Nous les avons découvertes avec admiration et plaisir. Votre témoignage sur notre site restera une source infinie d’inspiration pour aller avec passion et détermination vers les autres tout en continuant sagement sa conquête de soi-même. Nous vous embrassons à Buenos Aires où vous êtes en ce moment.
Sonia Johnson.

Liens :

www.unesco.org/education-of-children-in-need

www.mecenat-cardiaque.org

Un commentaire pour “Françoise Pinzon-Gil, l’Après Solidaire”

  1. Jeanne le 21/04/2012 à 16:42 Jeanne

    Merci Françoise pour ce beau témoignage qui nous montre une fois de plus qu’il faut savoir répondre « présent » quand la demande est là pour un monde meilleur. Votre vie est un exemple de disponibilité aux autres. Bravo !

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